La Catalogne n'est pas un pays, c'est un monde. Ce n'est pas le monde promis qui doit venir, c'est le monde qui crée le monde. Le premier Octobre de 2017 n'est pas un jour mais la forme perdue, c'est à dire, la guerre a laquelle nous nous sommes enfuis pour pouvoir se demander pardon et pour pouvoir écrire à nouveau, non pas l'histoire mais Catalogne. Cela veut dire que la guerre avec la France n'a pas été une guerre ni ça a été avec la France mais par contre, ça a été le réveil douloureux de qui s'est oublié de soi même et est devenu sa pire version; de qui est devenu un pays.

Aujourd'hui, les pays, comme toute autre chose, n'ont que le droit d'un avenir et d'une histoire et manquent de présent et de passé. C'est l'exigence pour pouvoir être ou pour exister. La mauvaise nouvelle pour la Catalogne c'est qu'elle existe dans tous les cas parce que dire Catalogne c'est se soumettre au langage. Le nationalisme catalan, enlevé et exposé, n'est pas catalan. Les "estelades", même le ruban jaune, sont les formes muettes qui nous placent sur terre, le seul lien par lequel la Catalogne se débat réellement.

Personne en France ou dans l'Union Européenne ne s'oppose pas à que la Catalogne s'exprime librement ou qu'elle devienne indépendante. Tout simplement elles ne voient pas la Catalogne. Ce que la France et l’Union Européenne s'ont en train de faire, c'est à la France et à l’Union Européenne qu'elles le font, toutes les deux qui ont la force de ceux qui ont cessé d’être ou n’ont jamais été. Pendant ce temps-là, la Catalogne a déjà parlé et c'est de toi qu'elle parle.

Ce qui se passe en Catalogne ce n'est pas une guerre pour le discours. Ce n'est pas cela parce que le premier Octobre on a rennoncé au discours pour pouvoir aller se battre en sachant que sans discours, on ne gagne pas. Cette lutte ça coûte cher cars nous devenons trop puissant mais c'est cependant que nous soupçonnons que c'est le seul moyen peut-être de rappeler au passé de ne pas nous oublier.

La Catalogne est ce qui se rassemble le plus à un pays nomade dont personne ne sait que c'est l'ennemi. Cet ennemi est ce qui se rassemble le plus à une personne. Ce n'est pas l'image de la femme ou du peuple mais la parole féminine d'une personne qui n'a pas besoin d'une image pour s'exprimer. Cette parole est ce qui se rassemble le plus à une culture qui s'efforce de diluer son identité dans le futur car elle sait que ça c'est la façon de s'adresser au passé.

La Catalogne, aujourd'hui, lutte pour se rassembler le plus à la Catalogne car elle sait qu’aujourd’hui, qu'après le premier Octobre de 2017, seulement elle c'est l’Europe et seulement elle c'est la France.